J’ai donné à notre dernière chatte le nom de la fameuse bière noire irlandaise parce que son pelage moucheté me rappelait une pinte de Guinness quand la mousse retombe lentement. Si j’avais 25 000 livres à dépenser, et si Guinness était encore vivante, j’envisagerais la possibilité de la cloner. Mais je serais un peu déçue de ma nouvelle chatoune car il est peu probable qu’elle ressemble à ma minette bien-aimée. La première chatte clonée, Carbon Copy, a été générée au Texas à partir d’une chatte calicot comme Guinness. Mais si son ADN était identique à celui de sa « mère » génétique, Rainbow, la minette ne s’est pas révélée être une copie carbone.

Cela s’explique en partie par un phénomène épigénétique appelé l’inactivation de l’X. Les calicots sont toujours des femelles, ce qui veut dire qu’elles ont deux chromosomes X dans chaque cellule. Le gène de la couleur orange du pelage est situé sur le chromosome X, mais il existe une autre version (un allèle) de ce gène qui donne à la fourrure une couleur noire. Chez les chattes (XX), un chromosome X est éteint (inactivé) dans chaque cellule. Par conséquent, si une femelle hérite des deux allèles (orange et noir), son pelage aura des taches des deux couleurs.

Le processus d’inactivation est aléatoire, ce qui explique pourquoi le clonage d’une chatte calicot ne produira jamais le même motif. Dans le cas de Carbon Copy, elle a été générée à partir d’un ovule dont le noyau a été remplacé avec un noyau de Rainbow. Bien que la cellule à partir de laquelle Carbon Copy a été clonée avait un X inactif, le programme du développement réactive les deux chromosomes X et le processus d’inactivation se réengage de manière aléatoire. Ceci donne une robe totalement différente, même si les deux individus sont génétiquement identiques.

La poignée de millionnaires qui ont fait stocker les cellules de leurs précieux animaux de compagnie vont payer le prix fort pour un animal ne présentant aucune garantie d’être identique. Au lieu de payer plus de 400 livres sterling pour ce privilège et 50 livres d’entretien annuel, sans compter le prix exorbitant du clonage quand leur animal rendra l’âme, on pourrait peut-être les persuader de recueillir l’un des millions d’animaux abandonnés qui seront, faute de quoi, euthanasiés.