Certains scientifiques pensent que l’empreinte a évolué chez les espèces placentaires pour faire face à des nourrissons voraces susceptibles de prélever davantage que leur dû sur les ressources disponibles. Cette école de pensée est basée sur la « théorie du conflit parental » proposée par David Haig (Harvard, USA). Comme votre mère doit veiller à garder des forces pour elle-même et votre fratrie, ses gènes ont évolué de manière à tempérer la croissance du fœtus. Alors pourquoi les gènes du père voudraient-ils que vous soyez plus gros ? En général, les bébés qui sont un peu plus gros que la moyenne ont plus de chances de survivre. Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que vos gènes ont une volonté propre, mais seulement que ce sont les gènes favorisant la survie qui auront tendance à être transmis.

En dehors du cas particulier de l’empreinte, la mise sous silence par méthylation de l’ADN représente l’évolution d’un système immunitaire primitif. Près de la moitié de notre génome est silencieux et constitué de répétitions nonsens ne contenant aucune instruction pour fabriquer des protéines. Certaines de ces séquences peuvent sauter d’un endroit à l’autre du génome, comportement qui peut avoir des conséquences assez désastreuses pour la fonction de gènes voisins. Comment sont-ils arrivés là ? Il n’existe pas de réponse décisive mais certaines de ces séquences ressemblent à des virus, ces passagers clandestins bien connus du génome, et se comportent comme tels. Les cellules semblent marquer les séquences répétées avec des résidus méthyle pour les désactiver et ainsi protéger nos gènes. Comme l’a suggéré Denise Barlow (Université de Vienne, Autriche), l’apparition des gènes imprimés est peut-être due à la propagation accidentelle de la méthylation d’ADN à d’autres régions du génome. Un tel accident, fait remarquer Denise, aurait sans doute conféré un avantage évolutionnaire pour pouvoir se généraliser peu à peu, mais le sujet est encore matière à controverse.

Durant toute notre vie et au cours de l’évolution en général, la mise sous silence de l’ADN a permis à nos cellules autant qu’à nous-mêmes de passer à de nouvelles habitudes. Imaginez un instant le tohu-bohu que feraient 30 000 gènes humains si une large proportion d’entre eux n’étaient pas désactivés. Nous n’avons pas besoin des deux mètres d’ADN que nous avons dans chacune de nos cellules. Et puis personne ne voudrait voir les cellules de l’œil fabriquer des ongles. Les ligres et les tigrons nous montrent bien que le même ADN peut donner des résultats très différents selon la manière dont les parents l’ont conditionné. Le tableau que peignent les séquences d’ADN n’est pas complet. Ce qu’elles révèlent n’est que le commencement. A lui seul, le maître plan recèle le potentiel vital, mais c’est tout ce qui se déroule au-delà de l’ADN qui représente la vie.