Ma destination suivante, qui remonte au VIème siècle, fut fondée par Birm, le chef d’une tribu saxonne. Aujourd’hui deuxième ville d’Angleterre par sa taille, Birmingham est au centre de l’activité commerciale de la région des Midlands. Et elle possède plus de canaux que Venise. J’en profite donc pour rencontrer Bryan Turner (Université de Birmingham) dans un bar à vins très animé au bord d’un canal. Bryan me recommande le Bardolino et nous savourons cette belle robe cerise tandis qu’il me dévoile par le menu sa passion d’homme de science : l’acétylation des histones. « Les histones, responsables de l’emballage de notre ADN, sont les protéines les plus abondantes du noyau. Elles peuvent être modifiées de multiples façons, influençant ainsi l’expression des gènes, qu’ils soient silencieux ou actifs. Chaque type de cellule a un modèle spécifique d’expression génique, qui doit être maintenu alors que les cellules grandissent et se divisent. Au fond, ce que je voudrais vraiment arriver à comprendre, c’est comment les cellules se souviennent de qui elles sont », confie-t-il, songeur.

Je l’interroge sur ces modifications et comment elles s’opèrent. Il me parle de l’acétylation. Tout d’abord, il me faut comprendre que les lysines des histones sont chargées positivement. C’est pour cette raison qu’elles sont attirées par l’ADN, qui a une charge négative. « L’addition d’un groupe acétyle supprime la charge positive de la lysine et entraîne une perte de charge. » Ça passe tellement mieux, la biochimie, avec un verre de vin. « En perdant des charges positives, la région correspondant à la queue de l’histone se lie à l’ADN avec moins de force, ce qui libère suffisamment l’ADN pour qu’il soit transcrit et que le gène soit exprimé ». Mais ‘ce n’est pas tout. « Nous savons que le processus peut être encore plus spécifique, poursuit Bryan. Dans d’autres situations, on assiste à l’acétylation d’une lysine particulière, ce qui crée un site de liaison pour une protéine donnée, qui viendra se lier à cette queue d’histone et modifiera peut-être à son tour la façon dont le gène est exprimé ».

Je suis surprise d’apprendre que le vin que je suis en train de boire contient des traces de vitamine nicotinamide. Il s’agit là d’un des nombreux facteurs nutritionnels capables d’affecter les enzymes qui ajoutent ou suppriment des groupes acétyles, ce qui ensuite peut modifier l’activité des gènes. « Malgré tout le battage que l’on fait autour du génie génétique, explique Bryan, il est très difficile de changer la séquence d’ADN. Il est beaucoup plus facile de changer le comportement d’une enzyme ». Il me parle d’histone déacétylases, des enzymes qui enlèvent les groupes acétyles des histones. Des médicaments qui bloquent ces enzymes font l’objet d’essais pour être éventuellement utilisés comme traitement anticancéreux. Il est remarquable d’observer que l’acide butyrique, à la fois un inhibiteur des déacétylases et un agent anticancéreux, est naturellement présent dans l’intestin, où il est produit par des bactéries bénéfiques. La quantité d’acide butyrique et de composés dérivés produits par ces bactéries est influencé par le régime alimentaire. « C’est peut-être une des raisons pour laquelle une alimentation riche en légumes verts protège du cancer du colon », avance Bryan.