Compte rendu de Camille du Roure (FMI)

Fabrics of Life Workshop: Evolution from cscweb on Vimeo

Lundi 11 Mai 2009, à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (Ensad) de la ville de Paris, s’organise une rencontre inattendue entre des biologistes, des artistes et des designers. L’Ensad et l’Institut Curie ont conjointement organisé cette merveilleuse rencontre sponsorisée par le réseau européen de l’épigénétique (NoE) dans le but de diffuser la culture scientifique par le biais de l’art et du design.

En l’honneur de Charles Darwin, le thème choisi est l’évolution. Geneviève Gallot, directrice de l’Ensad, et Jean-Paul Longavesne, coordinateur du secteur Design Vêtement à l’Ensad et enseignant à l’université Paris XI, nous accueillent chaleureusement et posent les questions suivantes : La théorie de l’Evolution est-elle applicable à la genèse et à la vie des objets? Comment peut-elle inspirer les étudiants en design? Commence alors une matinée scientifique passionnante où d’imminents chercheurs nous parlent de la théorie de l’Evolution.

Sylvain Charlat, chercheur en Biologie Evolutive à l’Université de Lyon, commence par nous expliquer les principes fondamentaux de l’évolution. On apprend que nous formons tous une sorte de grande famille représentée par un arbre phylogénétique et, surtout, que réplication, erreur et sélection sont les trois ingrédients indispensables à l’évolution des espèces.

Les fondements de la théorie de l’évolution posés, nous entrons dans des phénomènes biologiques plus complexes. Denis Duboule, Professeur à l’Université de Genève, introduit alors la notion de «contrainte». Evoluer, oui, mais pas n’importe comment. Comme lorsque l’on crée un objet, il y a un certains nombres de contraintes à respecter. Par exemple, Denis Duboule nous révèle un lien évolutif surprenant entre le développement des doigts et celui des organes génitaux. Si, dans une certaine mesure, l’un évolue avec l’autre, alors l’un est une contrainte à respecter pour l’autre. Suit alors le séminaire de Miroslav Radman, directeur de recherche à l’INSERM, qui nous projette dans une recherche des plus récentes. Nous regardons, impressionnés, des vidéos montrant des images d’ADN bactérien en train d’évoluer. Qu’aurait pensé Darwin devant ces images?

L’œil est un organe complexe qui est apparu indépendamment dans de très nombreuses espèces. Claude Desplan de l’Université de New York nous apprend que l’évolution a permis une spécialisation des yeux. Ceux de l’Homme ne voient pas les UV pour ne pas risquer d’être endommager.  Par contre, ceux de certains insectes y sont sensibles pour toujours savoir où se trouve le soleil, seul repère dans une forêt d’herbe. Benjamin Prud’homme de l’Institut de Biologie du Développement de Marseille-Luminy nous plonge dans la multitude de designs « décoratifs » qui ornent les ailes de la fameuse mouche Drosophile. L’évolution semble ici avoir suivi le goût des femelles, certains motifs sur les ailes des mâles ayant leur préférence.

Et pour finir, nous abordons un tout nouveau thème dans l’évolution : le rôle de l’épigénétique. L’ADN est-il l’unique support de l’évolution? L’épigénome, qui peut être considéré comme les annotations physiques et chimiques de l’ADN, pourrait-il lui aussi contribuer aux mécanismes de l’évolution? C’est sur cette question brûlante qu’Ueli Grossniklaus de l’Université de Zurich apporte les premières preuves en nous révélant le cas étrange de la Fleur de Singe. 

Il est déjà 14h45, on se retrouve au 2ème étage pour la VRAIE rencontre. Six groupes, chacun formé d’un intervenant, un médiateur culturel de l’Ensad, d’étudiants en biologie et en design, s’installent pour discuter d’un projet de design basé sur l’évolution. Alors que de multiples discussions se surimposent, chaque table se crée son propre univers. Les uns imaginent un textile du futur avec des « fibres architectes », les autres cherchent une métaphore à l’épigénétique dans l’évolution, d’autres encore font évoluer une chaise dont un pied a été cassé par erreur. Un autre groupe tord mystérieusement une corde, un autre imagine une expérience de design sur la copie et la sélection d’un dessin unique. Le dernier groupe imagine un objet étrange « centrifuge » autonome, capable de tout en fonction de son environnement.

Ce fut une journée extrêmement stimulante, vivante et chaleureuse où les esprits ont pu se libérer pour laisser place à la science et à la création. Un grand merci aux organisateurs Jean-Paul Longavesne (Ensad), Sara Franceschelli (Ensad), Geneviève Almouzni (Institut Curie), Édith Heard (Institut Curie), Carole Collet (Central Saint Martins College of Art & Design) et Brona McVittie (MRC Clinical Sciences Centre) qui nous montrent par cet événement que l’art et le design sont d’excellents moyens pour diffuser la connaissance scientifique.

Cet événement a été filmé par Kiki von Glasow www.palladiofilm.de